Au Pont du Gard,
Robert Combas déclare la paix

C’est une première dans le Gard : Robert Combas, figure incontournable de l’art contemporain, chef de file de la Figuration libre, s’installe cet été au Pont du Gard. Avec Guerre et Paix, le projet artistique événement de 2026 qui propose un combo mêlant exposition, mapping monumental et concert.

© Gil Lorfèvre

À Sète, sur les hauteurs du mont Saint-Clair, l’artiste reçoit l’équipe de Gard Info chez lui, face à la mer. L’accueil est simple, chaleureux : un café, des sourires, et un intérieur saturé de couleurs, d’œuvres, d’objets et des plantes dehors partout. Robert Combas et Geneviève, son épouse, vivent entourés de ce qui pousse et de ce qui respire. Ici, la création est indissociable du vivant.

D’emblée, l’artiste précise sa posture.

« Je ne fais pas de peinture réaliste, je ne peins jamais pour un lieu. Si ça arrive, c’est parce que je passe à côté, en observateur ».

Un regard qui, pourtant, a trouvé un écho évident au Pont du Gard.

À l’origine du projet, une discussion entre Patrick Malavieille et Sébastien Arnaux, respectivement Président et Directeur du Pont du Gard, avec Stéphane Jurand, du magazine l’Art Vues, lors du vernissage de l’expo du 40e anniversaire de l’inscription du Pont du Gard au Patrimoine mondial de l’UNESCO. L’idée surgit : et si on invitait Robert Combas ? Pari tenu.

Ce qui a immédiatement séduit Combas dans le projet, c’est le mapping. Une proposition qu’il connaissait déjà pour l’avoir expérimentée à Paris puis à la Grande Motte, mais ici pensée autrement : « Ici, pas de drones ni de feux d’artifice car ça occupe tout l’espace » !

Habitué à “remplir tout” sur la toile, Robert Combas commente : « Le mapping, lui, ne remplit que les pierres du Pont. Pas les trous entre les arches. Arriver à faire quelque chose avec le plein et le vide, ce n’est pas si simple ». Le projet se construit en collaboration avec le Groupe F : « ils sont innovants, ils travaillent avec plein d’artistes ».

Une expérience collective inhabituelle pour ce peintre solitaire. « D’habitude, je suis chez moi, je travaille seul. Là, c’est nouveau pour moi et stimulant, je les laisse faire, je leur fais confiance. » La proposition s’annonce « fine et poétique ».

 En hippocampe rouge et blanc. 2018 
« Fier con et intelligent étalon des mers et des sons de la houle, Dieu du vent qui parle et des vagues qui roulent en tapis de restes de larmes qui parviennent jusqu’au rivage. Des larmes et des lames, des bleus et des verts et le reste d’outre ciel ou de mer. » – Robert Compas
Acrylique sur toile, 199x149cm, collection particulière.

Une peinture populaire au sens noble

Quand on lui parle du mot populaire, il précise : « Ma peinture est populaire au sens noble. Mais ce n’est pas Astérix même si j’adore Astérix ! » Sa peinture touche un large public, mais elle reste sensible, parfois dérangeante, jamais décorative. « Ce n’est pas un truc gentil : c’est populaire parce que c’est sensible ».
Adepte d’anachronismes historiques, de scènes mythologiques et bibliques, Combas chatouille plus qu’il ne caresse et fait dans la satire sociale et humaine en donnant beaucoup de place à l’écrit : « Les histoires que je raconte ne sont jamais droites. Je réinvente les mots à ma manière. Je fais ma propre littérature ».

 L’enlèvement d’Hélène. 1988. 
« Paris aidé d’Aphrodite s’est mis Ménélas le mari d’Hélène dans la poche. Il est devenu son meilleur ami et est devenu un de ses meilleurs lieutenants. En vérité, en cachette il drague Hélène, qui, influencée par les machineries d’Aphrodite, succombe au beau Paris. Un jour, que Ménélas est parti en voyage, il s’en va avec Hélène non sans avoir pris tous les trésors de Madame qui était très riche et elle prend aussi son fils mais par contre pas sa fille. Ils ont des hommes payés à leur solde. Ils s’en vont avec plusieurs bateaux et le lendemain ils débarquent sur une île où il y a un autel dédié à la déesse de l’amour. Et c’est là qu’Hélène se farcit Paris et vice versa pour la première fois. Cette journée fut mémorable, ils tirèrent au moins 18 coups, un vrai feu d’artifices si ça n’avait pas été inventé. Ménélas fou de rage et de désespoir appelle toute la Grèce pour se venger. Ils apprennent que Paris est le fils de Priam qui l’avait rejeté au moment de sa naissance à cause d’un présage annonçant Paris comme une « catastrophe » qui causerait la destruction de Troie. Mais le temps a passé et Priam est si content de retrouver son fils, il se fout du présage. Il décide de protéger le couple indigne contre les Grecs. Et tant pis pour la casse. » – Robert Compas
Acrylique sur toile, 270x214cm, collection particulière.
 Le contournement de Sète par Hannibal. 2000 
« Certains affirment qu’Hannibal est passé par Sète pour aller attaquer les Romains en Italie. Pourquoi se prendre de l’eau dans les pattes, monter et descendre une montagne sans route alors que pas trop loin derrière l’étang de l’autre côté c’était sec et habité ? Alors Hannibal est passé par Balaruc, halte pour les romains car « Balaruc les Bains ». À Mèze, il a mangé des huîtres et des palourdes, à Poussan, il s’est pété la gueule à l’hydromel qu’ils ont pressé avec les pieds. Puis ils ont continué à avancer et à raconter des blagues. De l’autre côté, Sète les regardait. » – Robert Compas
Acrylique sur toile, 200x240cm, collection Musée Paul Valéry, Sète.

Combas pense à voix haute, dans sa langue sétoise, indocile, bricolée, faite d’argot, d’italien, d’espagnol, de français du Sud

Si Guerre et Paix convoque l’Antiquité, c’est d’abord à travers l’imaginaire propre à Robert Combas. « Je faisais des batailles référencées par des livres d’histoire ou des bandes dessinées quand j’étais jeune », raconte-t-il. Une Antiquité de récit, subjective, presque instinctive. Avec le Pont du Gard, c’est différent, nous sommes dans le concret, le fonctionnel : « C’est lié à l’eau. Les Romains et l’eau ». Plus que le mythe, c’est l’ingénierie romaine qui s’impose ; plus que l’épopée, une architecture pensée pour faire circuler. Une évidence pour cet artiste du Sud, pour qui l’Antiquité n’est pas un décor lointain.

Robert Combas a trouvé dans la peinture un espace de liberté, un terrain où s’exprimer et exister dans un parcours profondément marqué par ses origines modestes

L’entretien glisse ensuite naturellement vers un terrain plus personnel : Qui est Robert Combas, aujourd’hui ?
« Un peu punk », dit-il, à sa manière : naïf, poétique, foisonnant. Une énergie libre et instinctive, héritée des années 1980 quand les références étaient avant tout anglaises et américaines. « Ils étaient meilleurs, plus en avance, plus structurés. On les admirait, mais on ne pouvait pas vraiment rivaliser sur ce terrain là ».
La question de la transmission s’impose ensuite dans l’échange.
Avec sa femme Geneviève, Combas réfléchit à transmettre. « On fait un travail post mortem, on compte donner une grosse partie des œuvres qu’on a gardées aux gens, à la communauté, à la société… On imagine, peut-être, un musée, une fondation, un ancrage durable et local ».

« Cinq qui regardent, un qui bosse »

L’entretien terminé, on rejoint, en contrebas, l’artiste Caillou et son collègue, ils travaillent avec le Groupe F et vont faire des essais pour le mapping. Très concrètement.
Un Pont du Gard imprimé en grand format. Une caméra. Et Combas qui dessine.
Devant nous, il trace des combattants, des chevaux de l’Antiquité : blanc sur fond noir, puis noir sur fond blanc. Ce qui se joue ici devra, plus tard, prendre toute sa mesure, en grandeur nature, projeté sur les arches du Pont du Gard lors des mappings.
Le temps ralentit, Robert Combas s’y prête sans ciller. Sérieux, appliqué, précis. « Cinq qui regardent, un qui bosse ! », plaisante-t-il. Puis on partage le déjeuner, tous ensemble. Un moment généreux, simple, suspendu, avec, bien évidemment, de la tielle sétoise au menu.

+ d’infos
Guerre et Paix – Combas au Pont du Gard
• Exposition jusqu’au 1er novembre 2026. Tous les jours (sauf le lundi matin) de 10h à 13h et de 14h à 18h en rive gauche.
Accès inclus dans le billet d’entrée aux espaces de découverte (Musée, Ciné, Ludo, Expo).
• Projection son et lumière sur le Pont du Gard –
Création originale du Groupe F et de Robert Combas. Du 4 juillet au 30 août 2026, tous les soirs rive droite dès la nuit tombée (vers 22h30).
Bénéficiez d’un accès illimité au Pont du Gard
toute l’année pour 9 € / véhicule.
Modalités sur

abonnement.pontdugard.fr

 Robert Combas dans son atelier à Sète en avril 2026 – Tests pour le mapping au Pont du Gard avec le Groupe F. 

© Gil Lorfèvre

Entretien réalisé le 19 avril 2026 à Sète par Hélène Genetet – Tous droits réservés – Direction de la communication – Conseil départemental du Gard – dcom@gard.fr

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